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Dopage – Les explications de José Jeuland

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Fin décembre, on apprenait via une décision rendue officielle par l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) que José Jeuland avait été contrôlé positif à la méténolone (stéroïde) lors du triathlon de Quiberon 2013, et était suspendu de toute compétition pendant 3 ans. Aujourd’hui, l’intéressé se défend, a déposé une requête en annulation de sa suspension, et envisage d’introduire une action en référé. Voilà ses explications :

José, on ne t’as pas entendu réagir suite à ta suspension effective depuis le 27/11/14, pourquoi ce silence ?

Non, en effet, je ne m’exprime que maintenant.Je ne pouvais guère le faire sur l’instant, du simple fait que je ne comprenais rien à cette affaire et à ce qui m’arrivait, alors que j’en étais le principal intéressé. Il convient, en premier lieu, de définir le cadre pour le moins atypique de ce dossier. Ce n’est en effet que le 13 décembre 2014 que j’ai reçu par lettre recommandée la décision de l’AFLD, par laquelle j’apprenais avoir été sanctionné de 3 ans de suspension. J’ai cru halluciner. Le contrôle antidopage litigieux avait en effet été réalisé le 08 septembre 2013, soit prés de 15 mois plus tôt.
J’ai donc dû chercher un avocat très spécialisé en ce domaine et il m’a fallu un certain temps. Et c’est celui-ci, Maître Stéphane MESONES, qui m’a fortement conseillé de garder grand silence dans un premier temps, tellement l’affaire lui est apparue invraisemblable. Il voulait tout d’abord approfondir les particularités du dossier sur lequel il m’a apporté tous les éclaircissements que je souhaitais.
Désormais, je peux en discuter en toute connaissance de cause.

On lit beaucoup de choses : refus de répondre aux convocations, de payer les tests, mutisme de ta part. Comment s’est déroulée la procédure pour toi, et pourquoi avoir réagi comme cela ?

On lit en effet beaucoup d’énormités, de contradictions et d’incohérences sur cette affaire. S’agissant de la rumeur qui a circulé, consistant à dire que j’ai refusé de répondre aux convocations, c’est absurde. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, je n’ai en effet été destinataire d’aucune convocation par l’AFLD pour l’audience au cours de laquelle j’ai été jugé. Il s’agit, ne serait-ce qu’à ce titre, d’une excessive violation des droits de la défense et du principe du contradictoire. Il est incroyable que la justice sportive antidopage puisse être rendue par un organe juridictionnel se croyant autorisé à être au-dessus des lois, et donc < hors la loi >. N’importe quel citoyen est en droit de pouvoir s’expliquer devant la justice de son pays sur les faits qui lui sont reprochés. Il est donc appelé à comparaître à une date d’audience qui lui est communiquée afin que les juges puissent l’entendre en ses explications.Sauf, si le justiciable demande au tribunal d’être jugé en son absence, après avoir reconnu les infractions poursuivies. Mais, dans mon affaire, ce n’est nullement le cas. Il est insoutenable qu’un sportif soit traité comme s’il appartenait à une caste au label de sous-citoyen. C’est une sorte de discrimination. Il a été aussi fait allusion que j’aurais refusé de payer les tests, mais, exeptée la contre-expertise dont il convient de régler les frais, et je n’ai pas refusé d’en honorer le montant, il n’y a aucun autre test à payer.
Finalement, toutes les folles rumeurs qui ont circulé sur cette affaire sont fausses. Chacun y est allé de son propre délire et d’insinuations les plus fantaisistes qui soient.

Qu’en est-il exactement quant à ce contrôle ? Visiblement les deux échantillons sont positifs, comment expliques-tu la présence de ce produit dans ton organisme ?

Et bien non, les 2 échantillons d’urine prélevés ne sont pas positifs.A cet égard aussi, je suis victime des insensées et insoutenables allégations et propos proférés à mon endroit. J’ai bien reçu le 5 octobre 2013 un courrier qui m’informait d’un résultat d’analyse, sur l’échantillon A, considéré comme < anormal >, sans que soit indiqué le terme positif, suite au contrôle antidopage en date du 8 septembre 2013. Sur l’instant, j’ai été complètement désemparé. Je ne connaissais même pas le nom de la substance mentionnée. J’en ai déduit qu’il ne pouvait s’agir que d’une grossière erreur et que le laboratoire d’analyse ne manquerait pas de me le confirmer. J’ai donc aussitôt sollicité une contre-expertise, dès le lundi 7 octobre, et choisi un expert agréé pour qu’il me représente et assiste à la seconde analyse sur l’échantillon B, ma présence n’étant pas indispensable. Puis, j’ai cherché à quoi correspondait cette substance sur internet et là j’ai ressenti une sorte de vertige. C’était en effet un anabolisant et à ce moment là, j’ai paniqué. Je me suis donc tout de suite informé sur ce produit dont je ne connaissais même pas le nom et sur tous les compléments alimentaires que j’avais utilisés afin de savoir si l’un d’entre-eux était susceptible de le renfermer. Surtout que je savais qu’il faut se méfier des compléments alimentaires aux Etats-Unis, où je séjourne souvent, qui peuvent contenir des produits interdits sans que le fabriquant l’indique clairement sur l’emballage et la notice. Ce qui est surprenant puisqu’ils sont en vente libre. Mes recherches n’ont rien révélées. J’ai également pensé à une contamination alimentaire, mais cela me paraissait aberrant, tellement je fais attention à ma nutrition. Et puis, je n’ai plus eu la moindre information sur l’évolution de ce dossier. J’en ai donc forcément déduit que la contre-expertise avait été négative et que l’affaire avait été classée sans suite, sans qu’il ait été utile de m’en aviser personnellement. J’ai fait le rapprochement avec le procédé qui est d’usage lors d’un contrôle antidopage. Si le résultat est négatif, le sportif n’en est jamais informé. C’est seulement quand il est positif qu’il l’est. A cette époque, je n’en ai donc parlé à personne. Mais, à la lecture de la décision de l’AFLD, j’ai découvert qu’il en avait été tout autrement. L’expert que j’avais choisi pour me représenter ne s’était pas déplacé au jour fixé pour la contre-expertise. De sorte que la contre-expertise sur l’échantillon B n’a jamais été réalisée. A ce titre, mon avocat m’a bien expliqué que les laboratoires ne sont pas infaillibles, qu’en l’absence de contre-expertise, l’acte de dopage ne peut être légalement caractérisé et que la présence dans mon organisme de la substance incriminée n’est donc pas biologiquement prouvée.

 

On entend dire aussi que tu étais suivi par le docteur Mabuse. Info ou intox ? Est-ce que ses « traitements » sont la cause de ton contrôle positif ?

C’est plus que de l’intox, c’est vouloir donner une dimension encore plus vertigineuse à mon affaire. C’est bien connu qu’à chaque fois que le Docteur Mabuse est mêlée à une affaire de dopage, celle-ci fait la une de tous les médias. Je viens donc de faire des investigations sur le personnage et j’ai même réussi à joindre deux sportifs qui ont spontanément reconnu avoir été conseillé par lui. Et, à mon grand étonnement, ceux-ci m’ont vanté, en des termes très élogieux, sa grande compétence en médecine naturelle et qu’il était fort apprécié de tous ceux qui l’ont approché. Ils m’ont même tous deux affirmé que lors d’une de ses interpellations, il y a une quinzaine d’années, la presse titrait en première page qu’un gigantesque trafic international de produits dopants et stupéfiants avait été démantelé par la brigade des stupéfiants, suite à un procès-verbal de flagrant délit de cession d’un produit dopant. Et que finalement le produit en question, après analyses judiciaires, s’était révélé être un simple remède homéopathique. Comme quoi, surtout en France, dés qu’il s’agit de supposées affaires de dopage, elles sont immédiatement hyper médiatisées et, bien évidemment, dans une constante recherche du sensationnel. Ces deux sportifs m’ont même dévoilé que ce Dr Mabuse avait gagné une soixantaine de procés en diffamation publique, il s’agit d’une infraction pénale, sans qu’aucun des organes de presse condamnés n’ait informé leurs lecteurs d’une telle décision. Je comprends mieux, aujourd’hui que je suis pris dans la tourmente d’un même cyclone, que de telles histoires soient possibles

Sur la décision de l’AFLD, il semblerait que tu sois suspendu jusqu’en novembre 2017. Que comptes-tu faire d’ici là ? Est-ce que le triathlon, c’est fini pour toi ?

Concernant ma suspension jusqu’en novembre 2017, c’est une très bonne question à laquelle, bien malencontreusement, je ne peux répondre. A ce titre, mon avocat m’a bien expliqué que les laboratoires ne sont pas infaillibles, qu’en l’absence de contre-expertise, l’acte de dopage ne peut être légalement caractérisé et que la présence dans mon organisme de la substance incriminée n’est donc pas biologiquement prouvée.Il est noté sur la décision de l’AFLD que ma suspension de 3 ans prendrait effet à la date de sa notification. Mais le problème, c’est que cette décision, datée du 4 septembre 2014, m’a bien été délivrée le 13 décembre 2014, soit curieusement plus de 3 mois après, mais il n’y avait pas de notification jointe. Il faut rappeler que la notification est une lettre d’accompagnement qui vise les droits et délais de recours. L’AFLD m’a ainsi adressé la décision, mais pas la notification. Je me suis donc posé la question, pourquoi ? Je ne peux en effet croire que ce soit une simple négligeance de la part de l’AFLD et me demande si ce n’est pas pour me dissimuler les informations sur mes droits de recours. Toujours est-il qu’en son absence, je ne suis toujours pas suspendu à ce jour, je pourrais donc encore actuellement courir ! De telles acrobaties juridico-sportives commencent à quelque peu m’excéder. Quoiqu’il en soit, renseignements pris, cette décision de l’AFLD ne présente pas de caractère définitif, un recours devant le Conseil d’Etat étant possible. Je viens donc de déposer une requête en annulation de ma suspension. Et suis convaincu que je vais obtenir gain de cause, peut-être d’ailleurs rapidement dans la mesure où j’ai l’intention d’introduire une action en référé. Je ne vais donc pas forcément attendre 3 ans pour reprendre mon activité. Ce que je compte faire, de surcroît, c’est poursuivre en justice pour violation de la présomption d’innocence tous ceux qui m’ont, sans aucune prudence, accusé de m’être dopé, et sans s’être préoccupé de savoir si la suspension prononcée par l’AFLD pouvait être contestée ou pas devant une autre juridiction. Enfin, le délit de diffamation est susceptible d’être tout autant retenu à leur encontre. Le paradoxe, c’est que mes très virulents accusateurs n’hésitent pas à commettre des infractions pénales en se disant scandalisés par quelqu’un qui n’est passible que d’une éventuelle sanction disciplinaire.

 

Recueilli par Luc Beurnaux – Photo Thierry Sourbier