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Léo Bergère et la force du collectif

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Poste Le 27 novembre 2023 par Luc Beurnaux

Léo Bergère

Contrairement à Dorian Coninx et Pierre Le Corre, Léo Bergère n’a pas réussi, en 2023, à valider les critères lui permettant d’être présélectionné pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Malgré le fait qu’il ne reste qu’une place pour deux, il s’y projette déjà, avec un plan d’attaque collective pour éliminer les favoris au titre olympique.

Recueilli par Killian Tanguy – Photos World Triathlon

En tant que champion du monde sortant, comment as-tu vécu ce statut de favori en cette saison 2023 ?

Je ne me suis pas considéré comme favori parce que l’année dernière, j’ai gagné le titre sur une grande finale assez folle et qui s’est jouée à très peu de points. Un peu comme cette année. Pour l’instant, les Français, on est plus des outsiders. Les favoris sont Alex Yee et Hayden Wilde. Quand ils nous battent, c’est d’une ou deux places. Mais quand on les bat, ça veut dire qu’on les a piégés sur la partie natation et vélo, donc on est capable de leur mettre 10 positions d’écart. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des Français champions du monde. On est très régulier. Et sur les grands rendez-vous, on est capable d’aller chercher la victoire et de piéger les favoris. Maintenant, il faut chercher tout le temps à les piéger, ou plutôt quand ça compte le plus, comme l’été prochain.

Quel bilan tires-tu de cette année 2023 ?

Le bilan est très bon. Passer de champion du monde à 3e mondial, c’est une petite régression si on fait une analyse brute. Mais moi, j’analyse un peu plus profondément cette saison et je vois bien que je suis en train de passer des caps. Ça a été une année de transition où j’ai changé d’entraîneur en plein milieu. C’est assez excitant. J’aurais bien aimé partir en vacances avec mon ticket olympique en poche, mais ce n’est pas le cas…J’ai fait une super saison et je suis tombé sur deux Français qui sont allés gratter les places juste devant. Dans les semaines qui arrivent, je vais travailler pour montrer mon meilleur niveau sur le début de saison.

Léo Bergère
Aux JO de Tokyo, en 2021

Est-ce que tu évoques avec Vincent Luis la dernière place de présélectionné ?

Non. On n’en a jamais parlé. Mais ça reste très sain, et ça a toujours été comme cela. On n’est pas là pour se tirer dans les pattes, mais pour que le meilleur soit aux Jeux.

Quels axes souhaites-tu améliorer en priorité ?

Mon niveau à vélo est vraiment au point. Ce que je peux travailler, c’est la coordination avec le reste de l’équipe de France pour qu’on insiste sur cette portion de la course où on peut faire mal à nos adversaires qui sont piégés à l’issue de la natation. C’est quelque chose qui est à faire en tant que collectif. Je suis quasiment assuré d’être dans le premier groupe à l’issue de la natation, mais j’aimerais bien encore grappiller quelques places à la sortie de la natation pour m’assurer ma place dans l’échappée, ce qui n’est pas facile à l’heure actuelle, car il y a une très grosse densité. Et puis, à pied, j’aimerais bien élever mon niveau d’allure sur le 10 kilomètres pour être capable de suivre les tous meilleurs, notamment Alex Yee et Hayden Wilde qui courent un cran au-dessus, et d’être capable de finir très fort sur les derniers mètres de la course, ce qui m’a un petit peu manqué ces dernières années.

Tu parles de mettre en place un collectif à vélo pour piéger les adversaires, mais en France, quatre triathlètes sont capables de devenir champion olympique. Comment le vivez-vous en course ?

C’est ce qui nous a manqués cette année. On n’était pas au clair avec l’idée de prendre la course pour le collectif. C’est quelque chose qui n’est pas facile à faire puisque c’est un sport complètement individuel. Mais l’idée que j’essaie de transmettre sur ces derniers mois, c’est qu’on peut se servir les uns les autres pour se jouer la victoire entre nous. Alors que si on laisse revenir Alex Yee ou d’autres concurrents qui courent plus vite que nous actuellement, la victoire sera très compliquée et ça va tous nous pénaliser. C’est le message que j’essaie de faire passer depuis plusieurs mois. Ça a été assez frustrant sur la première partie de saison. Même sur le test-event, je fais un gros boulot sur le vélo, mais je ne suis pas du tout relayé par les Français. La mayonnaise a commencé à prendre à Pontevedra (où s’est disputée la grande finale) où les gars ont compris qu’en travaillant de la sorte, on pouvait aller chercher des titres mondiaux comme l’a fait Dorian (Coninx). Il y a eu ce petit déclic à ce moment-là et je suis content de voir que les choses évoluent dans le bon sens. On est prêt à mettre en place cette stratégie à l’approche des Jeux.

C’est donc toi qui a impulsé cette stratégie ?

Ce n’était peut-être pas la bonne manière de l’amener, ni le bon moment parce que chacun pensait à sa qualification olympique. L’idée que j’ai essayé de faire passer, c’est que le plus gros risque, ce n’est pas de travailler à vélo, c’est de laisser revenir des gars beaucoup plus dangereux.

Léo Bergère
Champion d’Europe 2022 à Munich

Ne pas avoir eu ton ticket pour Paris 2024, est-ce une pression supplémentaire ?

J’aurais préféré aborder cette saison avec ma préqualification en poche. Mais je sais que je ne suis vraiment pas loin de mon meilleur niveau et que si je l’atteints, j’irai aux Jeux. Ce sera la suite logique des choses. Je ne me concentre pas sur la qualification olympique, car ça n’a jamais été un objectif terminal. Mon objectif ultime, c’est la course des Jeux. La qualification n’est qu’un point de passage obligatoire.

As-tu déjà planifié ta saison prochaine ?

Je vais faire les 3 premières étapes de la WTCS : Abu Dhabi (Émirats Arabes Unis, 8 et 9 mars), Yokohama (Japon, 11 mai) et Cagliari (Italie, 25 et 26 mai). Après, c’est à affiner.

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