Actualités Athlète

Dorian Coninx : « Ne pas changer d’état d’esprit »

Partager
Poste Le 22 novembre 2023 par Luc Beurnaux

Dorian Coninx

Un an après Léo Bergère, Dorian Coninx a été sacré champion du monde cette année. Il confirme donc la très bonne forme du triathlon français à un an des Jeux olympiques à domicile. Mais Dorian se projette déjà sur l’année prochaine. Les courses des Jeux olympiques seront évidemment ses objectifs principaux de la saison 2024, et il revient sur la place que cette compétition prend dans son cœur. 

Recueilli par Killian Tanguy – Photos Théo Gomez et World Triathlon

Dorian, es-tu redescendu de ton nuage depuis ton titre mondial ?

Le titre m’a fait très plaisir. C’était la consécration d’un objectif que j’avais depuis longtemps et qui était de trouver de la régularité. La fin de la saison s’est bien passée, j’ai pris des vacances, et maintenant mon objectif est de ne plus trop penser, voire plus du tout penser, au titre, et de simplement garder en tête le fait que j’ai le niveau pour jouer devant. Je sais comment me préparer, je sais ce dont j’ai besoin à l’entraînement et d’un point de vue mental. Je vais me servir de toutes ces informations pour me préparer pour l’an prochain.

Ce titre mondial t’apporte-t-il plus de sérénité au quotidien ?

Oui un petit peu, dans le sens où, effectivement, la saison dernière, j’ai su me préparer et répondre présent sur toutes les courses, que je sois arrivé très en forme, un peu moins en forme, très stressé ou pas du tout. À chaque fois, j’ai réussi à me mettre dans l’état permettant d’être performant et c’était vraiment cool. Ça, c’est le point positif. Le point un peu plus négatif, c’est que je me dis qu’il faut que je sois vigilant à ne pas changer d’état d’esprit, car j’ai trouvé celui qui marchait.

Est-ce que cette présélection change quelque chose à ton état d’esprit ?

Mon objectif principal de la dernière saison était la sélection, plus que le classement général. Il se trouve que les deux ont été réussis donc c’est vraiment très cool. Et s’il s’agissait de mon objectif principal, c’est parce que sur les deux dernières éditions des Jeux olympiques, je n’avais pas été présélectionné, donc cela me mettait une pression et m’obligeait à devoir courir toutes les courses du début de saison et cela crée de la fatigue. C’est pour cela que je voulais être présélectionné. L’idéal serait que je ne pense pas aux Jeux et que j’arrive sur les compétitions en étant performant et que, parce que la saison avance et que les cycles plus spécifiques arrivent, je devienne meilleur. Le plan, c’est ça, on verra si j’arrive à le respecter.

Dorian Coninx
Le sprint final pour la 3e place lors du dernier test event de Paris

Comment faire pour se remettre en question et éviter d’arriver trop sûr de soi à la reprise ? 

Il y a deux choses. Je ne pense pas qu’une saison corresponde à un cycle entraînement-remise en cause, entraînement-remise en cause, etc. Une saison, c’est un travail physiologique, qui se fait sur plusieurs années. Donc tu peux suivre le même schéma d’entraînement pour continuer à progresser en allant un petit peu plus vite ou un petit peu plus longtemps. C’est très fin, car il ne faut pas tout changer quand quelque chose fonctionne, mais en même temps, à partir du moment où on arrête d’essayer de progresser, quelque part, on régresse déjà. C’est un juste milieu à trouver.  

Tu disputeras certainement tes troisièmes Jeux olympiques. Que représente cette compétition ?

Les Jeux olympiques ont toujours été super importants. Comme beaucoup d’enfants, c’est la compétition que je regardais le plus avec le Tour de France, mais pour y participer ça va être compliqué je pense (rire). Ma première expérience, c’était à Rio (2016). J’étais relativement jeune, j’avais 22 ans et c’était ma deuxième saison internationale élite. J’avais d’énormes problèmes de régularité et je ne finissais qu’une course sur deux. Donc je n’avais aucune sérénité sur ma capacité à reproduire ce que j’étais capable de faire et j’avais un peu été dépassé par l’événement. J’avais fait une très bonne natation et quand je suis sorti, je me suis complètement fait rattraper par le stress. Donc j’ai complètement raté ma première transition et ça m’a pénalisé sur toute la course après. Je termine 36e. J’étais très déçu parce que même si je n’étais pas régulier, j’étais quand même déjà capable de faire de très bonnes courses. En revanche, cette expérience m’a beaucoup apporté. J’ai mis plein de choses en place et ça a été un des moments où j’ai le plus fait avancer ma perception sur le sport et ma carrière.

La deuxième expérience, c’était Tokyo (2021). J’étais déjà beaucoup plus abouti. La course ne s’était pas très bien passée…j’ai pris un gros coup de chaud sur la fin de la course. À deux kilomètres de l’arrivée, j’étais encore dans le top 5 quasiment et je termine 17e. Finir 5e, j’aurais signé directement parce que c’était une très bonne performance pour moi à cette époque-là. Mais 17e…je n’étais vraiment pas très content. Mais j’avais produit une performance plus aboutie et il n’avait pas manqué énormément. On avait aussi ramené une médaille (en bronze) avec le relais mixte et ça, c’était génial. J’étais très content que ce soit en relais parce que la course d’équipe me tient à cœur, mais en même temps, vu que le triathlon est un sport individuel à la base, ça m’a encore plus donné envie de faire une médaille en individuelle. Et puis quand on fait 3e, on voit ce qu’il se passe pour les premiers, donc j’ai encore plus envie de finir premier. Là, les avoir en France, c’est quelque chose d’inespéré. La dernière fois, c’était quand ? 1924 ? (il nous pose la question ndr) J’étais pas né (rire). Toute ma famille et mes amis pourront être là et puis ça va être la fête. Autant en profiter au maximum.

Dorian Coninx
A Tokyo 2021 lors du Relais mixte

Tu as aussi terminé 3e au test event 2023. Que manque-t-il pour être sur la plus haute marche du podium ?

Si je pars avec Alex Yee en course à pied (vainqueur du test-event, ndr), je sais que j’ai 90 % de risque d’être battu. Par contre, parfois, on arrive à le reléguer un peu loin dans la course, notamment grâce à la natation et l’enchaînement sur le vélo. On a la chance d’avoir tous un peu le même profil avec les autres Français et il faudra qu’on arrive à s’appuyer là-dessus, même si ce n’est pas facile parce que c’est ça reste une course individuelle. Donc c’est un gros élément de réponse, et puis deuxièmement, Vasco Vilaca (deuxième) me bat pour 20 centimètres, mais il n’y a aucun doute sur le fait que j’avais tout donné. C’est le sport. Son niveau, ce jour-là, était supérieur au mien. J’ai huit mois pour m’entraîner pour que la prochaine fois, je sois 20 centimètres, ou plus, devant lui.

Tu as parlé de la médaille sur le relais mixte. Que change cet aspect collectif dans le triathlon ?

C’est une autre façon d’aborder la course. Les points de stress ne sont pas du tout les mêmes. Par exemple, sur une course individuelle, mon stress numéro un est de ne pas être capable d’être performant, alors que sur un relais, mon stress numéro un, c’est de décevoir mes coéquipiers. Je ne m’autorise pas à ne pas être bon, pour ne pas les décevoir. En plus, il y a une très bonne ambiance, que ce soit avec les filles ou avec les garçons, ce qui me donne d’autant plus envie de courir avec eux.

Qu’allez-vous programmer la saison prochaine ?

J’ai des lignes directrices. Je sais que je descends mi-janvier dans le sud de la France, à Saint-Raphaël, car comme j’habite à Grenoble, l’hiver pour faire du vélo, c’est un peu compliqué. Puis je repasse par Grenoble avant la première course de l’année qui sera à Abu Dhabi début mars (8 et 9). Il y aura ensuite d’autres courses, puis je vais monter un mois en stage à Font-Romeu avant de redescendre, pile poil, 15 jours avant l’épreuve individuelle. Ce sont mes deux grands axes et le reste, il faut que je voie le coach, car je viens juste de rentrer de vacances.

X