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TEMOIGNAGE – IM France 2014 – By NO SPEED LIMIT Team Triathlon

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Tout a commencé en septembre 2013, où je participe à un séminaire en Suisse, chez notre partenaire, KAISERTOOLING AG, fabricant d’outils de très haute précision pour l’industrie. Les valeurs de l’entreprise «  travail, exigence, précision, performance » s’associent parfaitement avec l’image du triathlon, notamment pour les longues distances. KAISERTOOLING  me propose alors un projet de partenariat  pour leur campagne marketing «  No speed limit  » correspondant parfaitement à la qualité de leurs produits.
Et c’est comme ça, avec mes potes d’entrainement, nous créons  le  micro team « No speed limit team triathlon » . Deux  autres partenaires industriels nous suivent également, HEULE AG, FABRICANT Suisse et BIG DAISHOWA, Japon . Nos partenaires se passionnent maintenant pour le triathlon, et sont fiers des valeurs que nous portons.
Alors, que demander de plus ?

7 triathlètes composent le team, dont Nicolas MAZETIER, qui nous rejoint en septembre. En juin, L’ IM France pour Jean phi et Phil, et KLAGENFURT pour Sylvain, avec à la clé, 3 nouvelles médailles de FINISHER IRONMAN.

«  Philippe, c’est une sciatique ligamentaire, 2 à 3 semaines de repos, et ça va passer »

Ces mots, c’est mon ostéopathe qui vient de les prononcer, nous sommes les mardi 25 juin, J-4 avant la course. Voilà 10 jours que j’ai une douleur grandissante dans le bas du dos, et je ne réalise pas tout à fait ce qu’il  vient de me dire. 6 mois de préparation, plus de 250 heures à courir, pédaler, nager…. non, je ne réalise pas tout à fait. Dans le même temps, je reçois des encouragements de toute part, et à mots couverts, j’ose à peine dire que ça va être compliqué, irréalisable, impossible de faire cette course dans cet état. Les jours passent, pas d’évolution positive.

J-1, en route pour Nice, avec ma tribu, tous derrière moi, et qui répète « ça va aller, t’es stressé, ç’est normal ». Pour rajouter un peu de folie à cette aventure, des orages sont annoncés sur Nice dimanche.

Dimanche 29 Juin

3h51, je suis debout, réveil prévu à 4h00, ma nuit a forcément été courte, mais j’ai réussi à dormir un peu, ç’est déjà pas mal. Depuis 1 semaine, je rêve que la douleur au dos s’envole pendant la nuit, mauvaise pioche, on va devoir faire avec. Derniers préparatifs dans le parc à vélo, je vérifie une dernière fois le bike, j’enfile ma combinaison, et je passe le dernier check in, les puces de chronométrage s’activent, un concert de « Bip  » qui rajoute une once de pression. 6h15, nous voilà sur la plage, les visages sont fermés, une petite armée se prépare à passer entre 9 heures et 16 heures sur la course.

Je me place dans le sas « 1h25 » , comme si de rien n’était, histoire de voir si je peux nager sans souffrance.

6h30/ Enfin !!   la corne de brume vient de retentir, après 6 mois, 1 an, voire 2 ans de préparation pour les plus fondus, le chrono se lance. 2800 triathlètes au départ natation, ç’est énorme. On m’avait dit de faire attention, mais je ne peux éviter les coups, j’en donne aussi, involontairement, les bras et les jambes se touchent, je me protège comme je peux pour éviter un coup sur le visage, et après dix minutes de bagarre, le flot de nageurs commence à s’allonger. J’arrive à nager correctement, sans forcer, j’ai déjà laissé un peu de jus dans ce départ. 2 boucles de 1,9 km  à parcourir, je cherche la glisse, et surtout je préserve mon dos. Première boucle en 43 minutes, c’est pas trop mal vu le départ. La seconde est plus difficile, le dos me fait souffrir, j’en profite pour souffler un peu et ralentir l’allure. Le soleil en pleine face, je suis les autres bonnets, il y a du monde devant, derrière, à gauche, à droite, bref, je suis dans le flot. Deuxième boucle en 47 minutes, 1h31 au total, c’est pas si mal, et surtout, c’est pas fini ! L’IRONMAN France, c’est aussi une très grosse ambiance, 100 000 personnes sur la course.

On passe sur le tapis rouge de la finish line pour rejoindre le parc à vélo, encouragé par une foule, les DJs et le speaker qui nous boostent pour la suite .Je me change intégralement, 180 km de vélo m’attende, ç’est maintenant que je vais savoir sir ça peut passer ou pas. J’ai fait la reconnaissance du parcours 3 semaines avant avec Jean Phi, ç’est un avantage pour gérer les efforts. La natation m’a quand même un peu fatigué, j’ai l’impression de ne pas avancer, mais bon, je sais que les 20 premiers kilomètres sont plats, j’en profite pour m’alimenter, au menu du jour, gels et barres énergétiques, j’ai l’impression que je ne mange que ça depuis 6 mois… Les premières difficultés apparaissent, et vu comme je pédale, je me dis que c’est pas possible que j’aille au bout, ça va être trop dur. J’ai prévu une réplique à chaque moment difficile  «  allez, l’objectif, c’est de passer le col de l’Ecre, et en haut, je verrai ». Le col de l’Ecre, 17 km de montée, pour une arrivée à 1100 mètres d’altitude, sous un beau soleil pour l’instant. La montée est un cauchemar, là où je montais à 13 km/h lors de la reco, je suis scotché à 10 km/h, et surtout, je suis en force. C’est surement  le moment le plus dur de ma course, enfin, c’est que je crois à cet  instant, on est à 3h30 de course, il reste encore 10 bornes à grimper, 110 bornes de vélo, un marathon, et j’ai mal. Virage après virage, je monte à mon rythme, et je reprends même quelques dossards, certains semblent en grande difficulté, je n’ai pas à  me plaindre. Me voilà en haut du col, 70 km au compteur, je récupère mon « ravito perso ».

Je discute 2 minutes avec l’un des  nombreux bénévoles, ç’est une organisation sans failles, il y a du monde partout, bénévoles, croix rouge, pompiers, police , les routes sont à nous ou presque, j’essaie de prendre du plaisir, car jusqu’à maintenant, je suis surtout dans la lutte et dans la souffrance. Je reprends le moral  sur la longue descente, la route est humide, pas de risques, il n’est de toute façon plus question de chrono, mais rallier le parc à vélo, et voir après. Cela dit, je retrouve des jambes, je remonte  de plus en plus de vélo, certains semblent être partis trop vite, et la finish line est encore loin ! Me voilà maintenant dans la montée vers Coursegoules et Gréolières, le point le plus haut du parcours, la douleur au dos est tenable, comme m’a dit l’ostéo «  une fois que c’est chaud, ce sera moins douloureux  ». Là, c’est mon meilleur moment à vélo, je me sens bien, un petit groupe se forme, on est trois à faire la montée ensemble, Anna, FINLANDE, et steeve, USA . Quelques bribes en anglais, on s’encourage pour la suite, on s’inquiète un peu de la météo, les premières gouttes de pluie arrivent. En 5 minutes, le ciel s’est assombrit, et une pluie froide se met à tomber , de plus en plus forte. Je n’ai pas prévu de coupe-vent, et en un instant, je suis trempé….

Nous sommes au sommet du parcours vélo , la température a brusquement chuté, le vent souffle en rafales, je suis gelé. Les membres s’engourdissent, je claque des dents, et avec mon syndrome de Raynaud, plus de sensations dans les mains,  je n’arrive plus à changer les vitesses, et j’ai de plus en plus de mal à freiner.
Une première ambulance de la croix rouge me double, il y a des chutes dans tous les virages, des drapeaux jaunes s’agitent, ça devient de la folie. Je m’arrête vers un poste de la croix rouge, on me passe une couverture de survie, plusieurs coureurs sont là, hagards, congelés, certains  jettent l’éponge et décrochent leur dossard. Après quelques minutes, j’ai « récupéré » mes mains, et je m’attarde pas, à cet instant, je me dis que c’est peut être un signe. Il me reste 70 kilomètres pour rentrer sur Nice,  les plus faciles en théorie, plat et descente, sauf que dans ces conditions, c’est juste de la survie à chaque virage. C’est un ballet incessant d’ambulance, il y a de plus en plus de chutes,  la descente est déjà dangereuse par temps sec, sous cette pluie,  je suis à 15 km/h, debout sur les freins. J’arrive dans la vallée, enfin, la pluie cesse, et la chaleur est de retour ! Je m’alimente à nouveau, le retour sur Nice est plat, dix bornes pour penser au marathon qui m’attend. Le chrono annonce 8h47 lorsque j’arrive au parc à vélo, mais cela n’a plus d’importance, c’est une autre course..

Je suis trempé de la tête au pied. Je me change à nouveau intégralement, sauf que je n’ai pas prévu de chaussettes de rechange dans le sac « RUN » , pas le choix, pieds mouillés, j’enfile les runnings, et c’est parti pour 42,2 km à pied. A cet instant, je chasse les doutes, et surtout, je suis en rage contre les éléments qui se déchainent pour que je « bâche  » cette course, mais bizarrement, signe positif, le dos m’a laissé tranquille sur la fin du vélo. Je sors du parc, baskets au pied,  me voilà sur la « prom’ », avec 4 boucles de 10,5 km à parcourir, et une finish line de 200 mètres, avec des tribunes bondées et une ambiance de folie.
Mais voilà , il me reste 42 km à faire pour gouter à cela, je passe devant mes proches, je fais le plein d’encouragements, ce soutien a été très précieux sur les 4 boucles ! Je cours à 10 km/h, et je marche sur les ravitaillements, ça va le faire. A cet instant, je  me dis qu’il faut que je fasse le premier semi-marathon, et le reste, ce sera au mental. La douleur au dos ressurgit après 5 km, à chaque appui, une petite pointe dans le haut de la fesse, je serre les dents. La course à pied sur la promenade des Anglais, c’est quand même très beau, même si sur le moment je la trouve surtout très longue cette promenade .

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Première et deuxième boucle, finalement, ç’est passé, je sais toujours pas comment, j’ai des ampoules au pied, mal au dos, mais je cours. Cours Forrest, cours. Je vais courir sur tout le marathon, j’aurais marché uniquement sur les ravitos, et d’ailleurs, je commence à saturer des boissons énergétiques. Allez, 3 ème boucle, de l’avis de tous les « IRONMAN », c’est à ce moment, entre le 20 ème et le 35 ème kilomètre que tout se joue. J’utilise toutes mes cartouches mentales, les 6 mois d’entrainement intensifs, l’acceptation de ce défi par mes proches, mes amis, mon boss, mes collègues. Je n’aurai pas de sitôt l’occasion de boucler un IRONMAN, alors qu’il me reste à peine 20 bornes pour réaliser ce rêve. « J’ai mal aux cannes » ce sont les mots de Jean Phi, qui en terminera une heure avant moi, en faisant une superbe course au vu  des conditions. Et ben moi aussi, j’ai mal aux cannes ! Allez, 15 bornes, j’avance beaucoup moins vite, 7 à 8 km/h max, mais je ne lâche pas, je vais de ravitos en ravitos, positionnés tous les miles sur le marathon. J’arrive sur la fin du troisième tour, et une averse de grêle s’abat sur nous, ça me fait sourire. Allez, on y retourne, un dernier tour, le plus beau…enfin, pas tout de suite…il faut encore descendre jusqu’à l’aéroport, passer 2 ravitos, et au demi-tour, je commencerais à  savourer. Je sature même des ravitos «  énergy , coca, Red bull eau, gel, orange … » et pourtant, c’est une armée de bénévoles qui nous accompagne, formidables, on est encouragés de bout en bout. Ça y est, je commence à y penser…je fais le demi-tour, direction le NEGRESCO, et à moi la finish line !
Les larmes montent au fur et à mesure, je me revois encore avec ma couverture de survie, allez, allez, allez… Je croise et double des coureurs  qui marchent, encore dans leur premier tour…courage les gars ! Me voilà au dernier ravito, une dernière gorgée d’eau, d’énergy ou de coca, je sais plus. Je bifurque vers la Finish line, me voilà, je joue avec le public, ovation énorme des tribunes…

«  YOU ARE AN IRONMAN !!!  »

13 heures 51 minutes, inoubliable..