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JO – Cassandre Beaugrand, en avance sur les autres

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Championne d’Europe junior, Cassandre Beaugrand (Poissy) sera aux Jeux de Rio la plus jeune concurrente sur l’épreuve de triathlon. Nous avions eu la chance de la rencontrer pendant près d’une heure, au Grand Prix de Nice, après son titre de championne de France Elite alors qu’elle n’avait encore que 17 ans. L’occasion de mieux connaître son parcours et ses ambitions déjà bien affirmées à l’époque.

Les Jeux olympiques à seulement 19 ans ! C’est le privilège conquis par Cassandre Beaugrand qui a toujours eu un temps d’avance sur les autres. Une surprise aussi inattendue que méritée pour celle que l’on annonce déjà depuis plusieurs saisons comme la nouvelle pépite du triathlon français. Sa sélection, il faut bien le reconnaître, la jeune sociétaire du Poissy Triathlon la doit… à une décision du comité olympique allemand qui a décidé, dans un premier temps, de ne sélectionner qu’une seule des trois filles proposées par la fédération allemande. Deux dossards ont donc été rendus et immédiatement redistribués par la fédération internationale, l’équipe de France se voyant ainsi offrir la possibilité d’emmener une seconde athlète à Rio. Le choix s’est logiquement porté sur la championne d’Europe junior en titre. Depuis plus de quatre ans, la demoiselle assomme la concurrence dans l’Hexagone et a pendant longtemps donné l’impression de brûler les étapes avec l’insouciance de son jeune âge. « On est bien content qu’elle soit française, confiait durant l’été 2014, Frank Bignet, le directeur technique national. Au gré des saisons, on aurait pu penser qu’elle allait rentrer dans le rang mais au contraire, mois après mois, elle a réussi à franchir de nouveaux caps. » Des propos qui en disaient déjà long à l’époque sur l’estime accordée à son égard.

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Très tôt, Cassandre a été baignée dans l’univers du sport. Difficile d’échapper à ce sort quand on a notamment un père, triathlète et entraîneur d’athlétisme. Pourtant, c’est vers la natation qu’elle s’est dirigée en premier, poussant la porte du club local de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), où elle habitait, à l’âge de 6 ans. Mais l’essai a été tout sauf concluant. « Les séances ressemblaient plus à du water-polo qu’à autre chose. Je me faisais noyer à chaque fois. Ce n’était pas vraiment la joie », se souvient-elle. C’est donc finalement au club du CN Paris, disposant d’une structure plus conforme à ses attentes, qu’elle a ensuite poursuivi son apprentissage de la discipline. Mais sa véritable passion pour le sport, Cassandre l’a surtout cultivée en accompagnant son père les soirs sur la piste d’athlétisme de Livry-Gargan. « A chaque fois que je le voyais s’occuper de la séance de PPG avec les grands, je voulais la faire avec eux. Je prenais ça pour un jeu. J’adorais être sur la piste. Je me souviens que je jouais souvent dans le bac à sable. Je voulais tout le temps être au stade. » Pour assouvir cette passion naissante pour l’athlétisme, mais aussi pour partager des moments uniques avec ce groupe d’athlètes, tous plus grands qu’elle. « J’adorais l’ambiance car ça rigolait beaucoup. Comme j’étais la plus petite, j’étais un peu chouchoutée. »

Parmi les athlètes que son père entraînait à cette époque, figurait un certain Nouredine Smaïl (quadruple champion de France sur 5000m et triple champion de France de cross court) que Cassandre a pris très tôt comme modèle. « Je le considérais un peu comme mon grand frère car il venait tout le temps à la maison. C’était un exemple à suivre pour moi. J’avais envie d’être à sa place. » Si la collaboration s’est achevée en 2011, le double champion d’Europe espoirs de cross-country continue toujours, aujourd’hui, de suivre la progression de la fille de son ancien mentor. Il ne manque d’ailleurs jamais la moindre occasion pour lui envoyer un petit message après une victoire. Une sorte de « filiation » qui semble se retrouver au niveau de la personnalité. « Parfois, mon père me comparait à lui. Comme il avait un sale caractère, c’est peut-être pour ça que je suis têtue aussi maintenant. » Son goût prononcé pour la victoire vient peut-être également de là. C’est simple, Cassandre déteste perdre quelque soit l’enjeu. « On me dit que je fais souvent la tête après mes courses. C’est parce que comme j’aime tellement gagner, même quand je fais deuxième, je n’arrive pas à m’en satisfaire. Quand j’étais petite, je n’aimais jamais perdre. J’avais la rage sinon. Il fallait toujours que je sois devant, même à l’entraînement. Je ne pouvais pas supporter qu’il y ait quelqu’un d’autre devant moi. »

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Un tempérament qui est souvent la clé du succès quand on le combine à des qualités physiques hors du commun dont elle dispose. Ceux qui ont déjà vu courir Cassandre soulignent son relâchement, sa facilité dans l’effort et sa longue foulée qui diffusent cette fausse impression qu’elle ne force jamais en course à pied. Une technique ciselée au fil de sa formation comme athlète car la jeune fille brille également tout autant en athlétisme. En attestent ses quatre titres de championne de France décrochés en cross-country ou encore son récent titre national en junior sur 3 000m conquis début juillet à Châteauroux. « Combiner les deux me permet de ne jamais me laisser au quotidien. Je trouve ça vraiment bien. J’espère pouvoir combiner les deux le plus longtemps possible car c’est ce qui me rend heureuse. » Pendant longtemps, Ludovic, son papa, a joué le rôle d’entraîneur en course à pied et à vélo. Pour la natation, elle a suivi pendant plusieurs saisons les conseils de Christophe Lebon, un ancien international français sur 100m et 200m papillon, basé dans les Alpes-Maritimes. Mais depuis l’automne dernier, c’est du côté du Pôle France de Montpellier que Cassandre s’entraîne quotidiennement sous la houlette d’un duo composé de Stéphanie Deanaz-Gros et de Pascal Choisel. Ses partenaires d’entraînement se nomment Emilie Morier, Sandra Dodet, Léonie Periault ou encore Audrey Merle, la deuxième tricolore qualifiée cette année aux JO.

La jeune fille sait ce qu’elle veut mais ne dresse pas de plans sur la comète, ni ne s’endort sur ses lauriers. Et se moque bien d’être annoncée comme la benjamine des concurrentes à Rio « Je ne fais pas vraiment attention à l’âge », nous avait-elle confié il y a un peu moins de deux ans après avoir été sacrée championne de France élite à seulement 17 ans. « Pour moi, on est tous pareils au départ d’une course. On a deux bras et deux jambes. » A l’époque, évoquer avec elle les Jeux olympiques la faisait surtout sourire. Bien consciente que le chemin pour y arriver était encore long. Mais ce rêve était tout sauf illusoire à l’écouter. « Quand je veux vraiment quelque chose, j’essaye de faire le maximum pour l’avoir. Je vais donc essayer comme tout le monde d’avoir ma place en 2016. » Force est de constater que cela a été le cas. Peut-être pas de la manière dont elle l’aurait imaginée, certes. Mais à vrai dire peu importe. A Rio, elle défendra les couleurs tricolores avec honneur et fierté. La relève du triathlon français, c’est elle.

Basile REGOLI

- découvrir le portrait de Vincent Luis (à lire ICI)