Adrénaline, mon amour - Le club d'Anthony à Belfort...
Sommes-nous à la recherche perpétuelle de cette hormone si particulière ?
Très certainement, pour nous placer dans les 200 premiers du départ natation, bien sûr nous sommes conscients de cette imposture, de cette impertinence même, et comme deux enfants nous avons le sourire crispés au coin des lèvres.
Quand je regarde derrière et qu’il y a 8 rangées de nageurs, je me dis qu’il ne va pas falloir traîner au risque de finir broyé. J’ai donc remplacé les lunettes de natation par un bandeau avec le drapeau soleil levant du Japon et je suis prêt à me jeter à l’eau, surtout ne pas réfléchir, fixer cette bouée rouge au loin, rien de plus.
Ce qui devait se produire s’est produit. Et le résultat de la multiplication (le produit) fut une natation dense avec un premier virage à 700 nageurs ; une belle foire d’empoigne où l’on peut entendre « poussez pas, bande de cons » comme lorsque je prenais le bus 286 pour aller au lycée. Plutôt marrant de voir certains impatients s’exciter comme à la caisse d’un super marché; il y a toujours un réalisme Balzacien sur la natation, le reflet des comportements de chacun en société, les traits de caractères font surface.
Les dames arborent un bonnet de bain rose, bizarrement l’effet produit est rassurant et je m’efforce de nager parallèlement à deux de ces bonnets roses sur les longues diagonales. Je ne l’explique pas. C’est comme ça. Je dois avoir dans mon subconscient les restes d’une lecture de Trimag qui disait que les femmes avaient des performances très proches des hommes dans l’eau et donc je leur ai pleinement accordé ma confiance dans la gestion des trajectoires. A elles plutôt qu’à mes yeux un peu myopes qui ne distinguent pas bien les bouées dans le soleil. Les femmes savent nager droit et faire des créneaux en voiture, je suis un homme moderne. D’ailleurs, je porte le dossard 69, hasard ou clin d’œil d’un phénomène surnaturel quelconque ?
Une australienne, un coucou au public, un coup d’œil pour voir où sont les premiers, mon Dieu qu’ils sont loin, et c’est reparti pour un tour.
Rendez-vous pris avec mon look carbone et mes jantes en plomb (je fais exprès de l’écrire pour me convaincre moi-même d’investir, auto persuasion). Pas de drafting, mais la circulation est dense car je suis dans le momentum de la courbe de Gauss (j’expliquerai un jour pour ceux ne connaissant pas encore cette théorie).
La chasse est ouverte. Au 30ème, je reviens sur Patoche dit « le lapin ». On roule ensemble un bon moment, c’est finalement la première fois qu’on se croise vraiment sur un triathlon. Il aura fallu attendre le 7ème. La particularité de ce tri est que ça roule en grappe : paquet de cyclistes désordonnés tel un essaim d’abeilles dû au « non drafting », ceci permettant tout de même de garder quelques points de mire dans ce capharnaüm pour le tempo.
Arrive le ballon d’Alsace, 8km d’ascension, bonne nouvelle, je pensais en trouver 12. La pente est raide, on oublie très vite le 42 dents. Le lapin n’est plus dans ma roue, un rapide regard en dévers et je l’aperçois sur le lacet d’en dessous. L’ascension ne fait que commencer, prudence de mise. Place à la chasse du second lapin inconnu du prénom de Cyril. Inutile de dire que je suis très chaud, j’ai confiance dans mes cannes durement assujetties à la rigueur des entraînements du club et des séries au tempo bourricots. Je perds une place, j’en gagne deux, je suis plus rapide que le flux dans lequel je m’écoule, ma motivation explose.
Après presque 6 km de montée ininterrompue, l’imprévisible se produit, un flux d’air permanent annonce la défaillance de l’étanchéité du système pneumatique. Incroyable, aucun souci sur la route depuis début janvier et là, ici maintenant, à cet endroit même, devant cet arbre, il n’y a plus d’air dans ma roue ! S’ensuit l’incontournable rhétorique et complainte des trois « pourquoi ».
Pourquoi aujourd’hui, pourquoi maintenant, pourquoi moi ?
Il faut savoir qu’il y a deux cas bien distincts :
crever le dimanche avec Fred Pinot & consœur (c’est cool et on en rigole bien)
crever en course dans une montée tout seul avec des wagons de cyclistes qui passent, qu’on s’est fixé un objectif de temps et qu’on fait la chasse aux lapins du club. La scène est dramatique.
Des injures contre le sort m’échappent, je tergiverse. Je pense abandonner, je me décide à changer la roue et puis non, et puis si. Je démonte tant bien que mal, Patoche me repasse (j’avais bien 3 mn d’avance sur ce coup là, dommage …), je remonte mais la chambre est du mauvais coté du pneu (oui c’est possible … mais ne pas me demander comment), je re-démonte puis je remonte. Puis je re-démonte car j’ai pincé la chambre, puis je remonte en gonflant de façon un peu aléatoire (combien de bars, 5, 6 … j’en sais rien). Puis je replace la jante, j’ai les mains pleines de cambouis, de sueur et de glucose, un savant mélange exotique et inattendu.
Combien de temps perdu ? 5mn, 10mn selon moi, 15mn selon les passants… ? (Réponse des satellites de l’armée américaine et du Garmin : 13mn30). C’est reparti, le moral est toujours là mais la déception est très grande. La compétition n’est autre qu’un moyen de mesurer la qualité de son entraînement et dégrader la valeur chronométrique pour un événement Virenquien - à l’issu de mon plein gré - est difficilement acceptable. Je repars en même temps que mon frère Frédéric, décision prise de ne pas l’attendre dans la cote sachant que les secondes gagnées seront utiles pour le suivre lors de la cap.
La descente est prudente pour deux raisons : j’ai les boules et par défaut quand on a les boules on est moins lucide donc il faut attaquer un peu moins, il y a une multitude de gyrophares protégeant un cycliste allongé au sol sous des couvertures de survies. L’homme ne bouge pas. Je passe. Je ne regarde pas mais l’idée de la chute à 60km/h fait très peur.
Seul sur les 30 derniers km, personne devant personne derrière, j’arrive au parc. Benoit Augueux n’est pas loin d’en finir et de s’imposer avec un impressionnante facilité.
Trois boucles de sept kilomètres sur les bords de lac au menu , après la T2 je vois le frangin qui me reprend à vive allure et pourtant je sonne les premiers kilos en 4’56’’, je l’aperçois pendant la moitié de la cap une centaine de mètres devant, que dire de son audace et de son incroyable coup de poker, tellement généreux dans la dépense énergétique … un kamikaze de l’effort … l’espace d’un instant j’y ai cru et je me suis dit que son potentiel était sans limite (vu sa prépa difficile en mai et très perturbée par rapport à la mienne)… mais sur le long la réalité est plus forte que l’illusion. Le retour se fait au train progressivement et me voici, on échange sur les sensations. Il est un peu KO, je suis également affecté par le tempo trop rapide de la première boucle, mais les heures d’entraînements me font limiter les dégâts et le classement m’annonce un semi en 1h53, peut être manque t-il quelques mètres … Je suis déshydraté depuis le 17ème ayant raté un ravito par manque de lucidité.
Le passage sous le portique d’arrivée et le fait d’entendre son nom au micro donne un sentiment de soulagement et d’achèvement ; arrive un bien être immédiat, simple conséquence de l’arrêt de l’effort. Vite de l’eau ! Patoche et Cyril sont déjà là, Fred arrive juste après suivi de quelques secondes par Pierre, il s’en est fallu de peu. Le parc d’arrivée est parfait, ravitaillement de qualité et très varié : fruits, charcuterie, fromage, gâteau apéro, Flammeküsh cuite au four sur place, bière pression, choco, bonbec, T-shirt de finisher – mon premier , Thierry Sourbier qui fait des photos, espace massage où certains du club (dont on taira les noms pour éviter les problèmes conjugaux) auront passé 45mn dans les mains des jolies masseuses.
Mes conclusions sont toutes positives malgré ce coup du sort, une bonne ambiance dans le groupe, un village partenaire très sympa, la soirée au château de très grand standing, ce triathlon se déroule dans un cadre exceptionnel, le ballon d’Alsace est une montée abordable par tous, l’organisation est parfaite et est digne d’un épreuve mondiale ;-) , quand un collègue de club vous dit « je vais manger un gâteau sport de 1 kilogramme » , c’est possible ; on a trouvé des glaces et des hamburgers à la station service, un petit caillou de 1 mm peut atomiser 5 mois de préparation. Etant donné la qualité de cette épreuve, l’an prochain il faudra s’inscrire tôt. Un grand merci à tous les bénévoles.
La chasse au lapin dans les lacets de l’Alpes d’Huez, c’est seulement dans deux mois. Ça va être bon et j’aurai des pneus neufs. Adrénaline, quand tu nous tiens.
Réactions et commentaires
2 Commentaires
1
Bonjour, les commandes d'import de cle9 puiblc ci-dessus ne concerne que les versions 32 bits non ?Pour les 64, il faut remplacer i586 par x86_64 ?
Information is power and now I'm a !@#$ing diacttor.






















